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Malgré des progrès historiques contre les maladies tropicales négligées, l’OMS alerte sur une chute des financements qui menace plus d’un milliard de personnes.

La lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN) a permis d’obtenir des résultats remarquables au cours des quinze dernières années. Des centaines de millions de personnes ont été protégées, plusieurs pays ont réussi à éliminer certaines de ces pathologies et de nouvelles stratégies de prévention ont démontré leur efficacité.
Pourtant, derrière ces succès se profile une menace grandissante : l’effondrement progressif des financements internationaux.
C’est le message fort lancé par la Dre Maria Rebollo Polo, experte mondiale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), lors de la cérémonie d’ouverture du Forum des Médias du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), organisée en webinaire le 25 novembre 2025.
Son intervention a dressé un tableau à la fois encourageant et préoccupant de la situation mondiale des maladies tropicales négligées, un groupe de pathologies qui affectent encore plus d’un milliard de personnes, principalement dans les pays à faible revenu, notamment en Afrique.
Des progrès historiques dans la lutte contre les MTN
Les chiffres présentés par l’OMS témoignent d’avancées significatives enregistrées depuis 2010. Au cours de cette période, le nombre de personnes nécessitant une intervention contre les maladies tropicales négligées a diminué de près de 695 millions.
Entre 2020 et 2023 seulement, cette baisse a concerné 239 millions de personnes, dont 122 millions entre 2022 et 2023. Cette amélioration résulte principalement des vastes campagnes de chimioprévention menées dans de nombreux pays touchés.
Grâce à ces opérations de santé publique, des populations entières ont pu accéder à des traitements préventifs contre plusieurs maladies parasitaires et infectieuses. L’OMS souligne également les progrès réalisés en matière d’élimination.
À ce jour, 58 pays ont officiellement éliminé au moins une maladie tropicale négligée, se rapprochant ainsi de l’objectif fixé à 100 pays d’ici 2030. L’année 2025 a marqué une étape importante avec la validation de nouveaux succès sanitaires.
Parmi les pays distingués figurent notamment :
Le Niger pour l’élimination de l’onchocercose
La Guinée pour la trypanosomiase humaine africaine
La Mauritanie et le Burundi pour le trachome
Le Sénégal, le Kenya, l’Égypte et la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour diverses autres maladies tropicales négligées.
Ces résultats démontrent qu’avec des stratégies adaptées et des investissements soutenus, l’élimination de plusieurs MTN reste un objectif réaliste.
Plus d’un milliard de personnes demeurent exposées
Malgré ces avancées, la bataille est loin d’être gagnée. Selon les données les plus récentes de l’OMS, plus d’un milliard de personnes vivent encore avec au moins une maladie tropicale négligée ou restent exposées à leur transmission. Les conséquences humaines demeurent considérables.
En 2021, les MTN ont été associées à environ 119 000 décès dans le monde. Elles continuent également de provoquer des handicaps durables et des séquelles lourdes qui affectent la qualité de vie des populations concernées.
Les indicateurs de charge de morbidité restent particulièrement élevés. Les années de vie ajustées sur l’incapacité (DALYs), qui mesurent l’impact global d’une maladie sur la santé, ont atteint 14,14 millions en 2021.
Pour les spécialistes, ces chiffres rappellent que les MTN ne constituent pas seulement un problème médical. Elles freinent également la scolarisation, réduisent la productivité économique et accentuent les inégalités sociales.
Une mobilisation sanitaire mondiale de grande ampleur
Face à cette menace persistante, les programmes de prévention continuent de produire des résultats importants. En 2024, près de 1,437 milliard de traitements préventifs ont été distribués dans le monde.
Ces interventions ont permis de couvrir 864,6 millions de personnes contre au moins une maladie tropicale négligée. Le taux mondial de couverture des campagnes de chimioprévention a atteint 62,7 %, un niveau jugé encourageant par les experts.
Parallèlement aux traitements de masse, environ 7,5 millions de patients ont bénéficié d’une prise en charge individuelle adaptée. L’OMS insiste sur la complémentarité de ces deux approches : prévenir la maladie à grande échelle tout en garantissant des soins aux personnes déjà affectées.
Le financement mondial en chute libre
C’est toutefois sur le terrain financier que les inquiétudes sont les plus fortes. Selon la Dre Maria Rebollo Polo, les ressources consacrées aux maladies tropicales négligées connaissent une baisse spectaculaire.
Entre 2018 et 2023, les financements internationaux spécifiquement dédiés aux MTN sont passés de 531 millions de dollars à 260 millions de dollars, soit une contraction de plus de 50 % en cinq ans. Cette diminution fragilise particulièrement les pays africains, où se concentre l’essentiel du fardeau des maladies tropicales négligées.
La réduction ou l’arrêt de certains programmes internationaux majeurs, notamment ceux soutenus par l’USAID, ralentit déjà plusieurs campagnes de prévention et compromet la continuité de certaines interventions communautaires.
Pour l’OMS, cette situation représente aujourd’hui l’un des principaux risques pour les acquis obtenus au cours de la dernière décennie. L’Afrique expérimente de nouveaux modèles Face à la raréfaction des ressources extérieures, plusieurs pays africains cherchent à optimiser leurs moyens en intégrant les interventions MTN dans leurs systèmes de santé existants.
L’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda développent ainsi des approches intégrées au sein des soins de santé primaires. D’autres pays innovent également :
Le Bénin et le Niger utilisent les réseaux scolaires et communautaires pour distribuer les traitements
Madagascar associe les campagnes MTN aux programmes de vaccination
La Tanzanie les intègre aux actions de nutrition
Le Rwanda et le Togo misent sur des stratégies multisectorielles associant santé, éducation, eau potable et assainissement.
Ces expériences montrent qu’une meilleure coordination des interventions peut réduire les coûts tout en améliorant leur efficacité.
Des défis structurels encore nombreux
Malgré ces innovations, plusieurs obstacles continuent de ralentir les efforts d’élimination. Parmi les principales difficultés figurent :
La faible visibilité politique des MTN
La dépendance excessive aux bailleurs internationaux
Le manque de personnel qualifié
L’insuffisance des systèmes de surveillance sanitaire
Les faiblesses persistantes des services d’eau, d’hygiène et d’assainissement.
Pour garantir la durabilité des programmes, l’OMS recommande aux États d’inscrire les MTN dans leurs priorités nationales, de créer des lignes budgétaires spécifiques et de renforcer progressivement leur autonomie financière.
Une urgence sanitaire et économique
Pour la Dre Maria Rebollo Polo, la lutte contre les maladies tropicales négligées ne relève pas uniquement de la santé publique. Elle constitue également un investissement stratégique pour l’éducation, la croissance économique, la réduction de la pauvreté et la souveraineté sanitaire des États.
Son message aux gouvernements, aux partenaires techniques et à la société civile est clair : sans une mobilisation rapide autour d’un financement durable, les progrès obtenus au prix d’années d’efforts pourraient être remis en cause.
L’avenir de la lutte contre les MTN repose désormais sur trois piliers : un leadership national fort, une intégration complète dans les systèmes de santé primaires et une diversification des sources de financement.
Pour l’Afrique, qui supporte la plus grande part du fardeau mondial, l’enjeu est immense. Mais selon l’OMS, les outils existent, les solutions sont connues et les succès déjà obtenus prouvent qu’il est possible d’aller plus loin. À condition que la volonté politique et les ressources suivent.
Journaliste

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