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Méta-description (158 caractères) : Face à près de 3 millions de cas de paludisme par an, les parlementaires camerounais réclament un financement d’urgence et une mobilisation multisectorielle. Le combat contre le pal…

Méta-description (158 caractères) :
Face à près de 3 millions de cas de paludisme par an, les parlementaires camerounais réclament un financement d’urgence et une mobilisation multisectorielle.
Le combat contre le paludisme entre dans une nouvelle phase au Cameroun. Confrontés à une maladie qui continue de frapper des millions de personnes chaque année, les parlementaires appellent désormais à une mobilisation financière et politique sans précédent.
Leur constat est sans appel : le ministère de la Santé publique ne peut plus, à lui seul, porter le poids d’une lutte qui concerne l’ensemble de la nation.
Réunis le 16 juin 2026 à l’Assemblée nationale à Yaoundé, les membres du Caucus des Parlementaires pour le Financement de la Santé (COPEMA-Cameroun), en partenariat avec le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) et Impact Santé Afrique, ont plaidé pour un changement de paradigme.
Leur proposition phare : consacrer au moins 1 % du budget annuel de chaque ministère à la lutte contre le paludisme. Une initiative qui intervient dans un contexte marqué par le recul progressif des financements internationaux et par un budget national de la santé toujours inférieur aux standards recommandés à l’échelle africaine.
Une maladie qui continue de peser lourdement sur le système de santé
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, le paludisme demeure l’une des principales causes de consultation et d’hospitalisation au Cameroun.
Selon les chiffres présentés lors de la conférence parlementaire, près de trois millions de cas confirmés ont été enregistrés dans les structures sanitaires du pays en 2025.
La maladie représente encore 26 % de l’ensemble des consultations médicales, soit plus d’un quart des motifs de recours aux soins. Ces statistiques illustrent l’ampleur d’un problème de santé publique qui continue d’affecter la productivité économique, la scolarisation des enfants et le bien-être des familles.
Représentant le ministre de la Santé publique, le professeur Louis Richard Njock, secrétaire général du ministère, a rappelé que le paludisme demeure particulièrement meurtrier chez les enfants de moins de cinq ans, une catégorie particulièrement vulnérable face à cette maladie.
Une baisse encourageante de la mortalité
Si le nombre de cas reste élevé, certains indicateurs montrent toutefois une évolution positive. Les décès liés au paludisme enregistrés dans les établissements de santé ont diminué de manière significative.
Ils sont passés de 2 016 décès en 2024 à 1 261 décès en 2025, soit une réduction de près de 37 %. Cette amélioration est attribuée à plusieurs interventions renforcées ces dernières années :
Distribution massive de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action
Déploiement de la chimioprévention saisonnière
Introduction progressive de la vaccination antipaludique
Généralisation des tests de diagnostic rapide
Amélioration de l’accès aux traitements.
Pour les autorités sanitaires, ces résultats démontrent que les investissements réalisés produisent des effets concrets. Toutefois, ils restent insuffisants pour espérer éliminer durablement la maladie.
Le défi du financement au cœur des préoccupations
L’une des principales inquiétudes exprimées lors de la rencontre concerne le financement de la lutte antipaludique.
Le Cameroun consacre actuellement environ 4,3 % de son budget national à la santé, un niveau largement inférieur aux 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja, adoptée par les États africains pour renforcer leurs systèmes de santé.
Cette situation devient d’autant plus préoccupante que plusieurs partenaires techniques et financiers internationaux réduisent progressivement leur soutien aux programmes sanitaires. Pour les participants à la conférence, le pays doit désormais accélérer sa transition vers un modèle davantage fondé sur des ressources domestiques.
Le message est clair : la souveraineté sanitaire ne pourra être atteinte que si le Cameroun finance lui-même une part croissante de ses priorités de santé publique.
L’OMS plaide pour un « Pacte Parlementaire Zéro Palu »
Intervenant devant les députés, le Dr Étienne Nnomzo’o, conseiller technique chargé du paludisme au bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Yaoundé, a rappelé que le Cameroun figure parmi les douze pays les plus touchés par le paludisme dans le monde.
Face à cette situation, il a proposé la mise en place d’un « Pacte Parlementaire Zéro Palu », articulé autour de trois axes majeurs.
Renforcer l’investissement national L’objectif est d’accroître progressivement la contribution des ressources internes au financement du Plan stratégique national de lutte contre le paludisme, avec une cible comprise entre 10 % et 15 % d’ici 2027.
Renforcer le cadre législatif L’OMS recommande notamment l’adoption d’une loi sur l’assainissement afin de réduire les gîtes larvaires favorisant la prolifération des moustiques.
Mobiliser les élus sur le terrain Chaque parlementaire est invité à devenir un ambassadeur de la lutte contre le paludisme dans sa circonscription, à travers des visites de centres de santé et des campagnes de sensibilisation.
Un investissement rentable pour l’économie
L’argument économique a particulièrement retenu l’attention des élus. Selon les données présentées par l’OMS, chaque franc investi dans les moustiquaires imprégnées et la chimioprévention saisonnière génère jusqu’à 36 francs de retombées économiques sous forme de vies sauvées, de journées de travail préservées et de gains de productivité.
Dans un contexte où le paludisme continue d’affecter des millions d’actifs, la lutte contre la maladie apparaît non seulement comme un impératif sanitaire, mais aussi comme un levier de développement économique.
Les parlementaires veulent impliquer tous les ministères
Pour sortir la lutte antipaludique du seul cadre sanitaire, le COPEMA-Cameroun propose que chaque département ministériel contribue directement à l’effort national.
Agriculture, Éducation, Environnement, Finances, Collectivités territoriales ou encore Travaux publics : tous sont appelés à intégrer la lutte contre le paludisme dans leurs politiques publiques.
Cette approche multisectorielle vise à reconnaître que les déterminants de la maladie dépassent largement les compétences du seul ministère de la Santé. L’assainissement, l’éducation des populations, la gestion de l’environnement ou encore l’aménagement urbain jouent également un rôle déterminant dans la prévention.
Les collectivités locales au cœur de la stratégie
Les élus locaux ont également insisté sur la nécessité de renforcer la décentralisation des ressources. Selon plusieurs intervenants, une part importante des financements demeure concentrée dans les grands centres urbains, alors que les communes rurales supportent une grande partie du fardeau sanitaire.
Impact Santé Afrique entend ainsi accompagner les parlementaires dans le suivi budgétaire afin de garantir que les ressources affectées à la santé atteignent effectivement les collectivités locales et les populations les plus exposées.
Un tournant décisif pour la souveraineté sanitaire
La conférence parlementaire du 16 juin 2026 pourrait marquer un changement majeur dans la stratégie nationale de lutte contre le paludisme.
Face à une maladie responsable de près de trois millions de cas chaque année et à la diminution des financements extérieurs, les autorités, les élus, les collectivités locales, les partenaires techniques et la société civile semblent désormais partager la même conviction : la victoire contre le paludisme dépendra de la capacité du Cameroun à financer lui-même sa riposte.
L’enjeu dépasse la santé publique. Il touche à la souveraineté, au développement économique et à la protection des générations futures.
Une chose est certaine : pour les parlementaires camerounais, le temps des alertes est révolu. Place désormais à l’action.
Journaliste