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Face aux difficultés d’écoulement du maïs produit localement, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, propose la suspension des importations. Une mesure destinée à soutenir les producteurs camerounais confrontés à une concurrence étrangère de plus en plus forte.

Le gouvernement camerounais pourrait bientôt durcir sa politique commerciale sur le maïs. Face aux difficultés rencontrées par les producteurs locaux pour écouler leurs récoltes, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a proposé la suspension des importations de cette céréale afin de favoriser la consommation de la production nationale.
Dans une correspondance adressée le 8 mai 2026 au ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, le membre du gouvernement recommande l’adoption de mesures conservatoires après une réunion interministérielle présidée la veille par le Premier ministre.
Au cœur des préoccupations : l’augmentation continue des importations de maïs alors que de nombreux producteurs locaux peinent à trouver des débouchés pour leurs récoltes.
Une mesure pour soutenir les producteurs locaux
La proposition du ministre du Commerce va au-delà d’un simple ralentissement des importations. Elle vise à suspendre temporairement la délivrance de nouvelles autorisations d’importation tout en gelant, le cas échéant, l’utilisation de certains permis déjà accordés.
L’objectif affiché est clair : permettre aux producteurs nationaux d’écouler leurs stocks dans de meilleures conditions et réduire la pression exercée par les produits importés sur le marché intérieur.
Cette démarche intervient alors que les pouvoirs publics multiplient depuis plusieurs années les initiatives destinées à renforcer la souveraineté alimentaire du pays et à accroître la place de la production locale dans l’approvisionnement des industries agroalimentaires.
Une explosion des importations malgré les investissements
Le paradoxe est frappant. Alors que l’État encourage depuis plusieurs années la production nationale de maïs, les volumes importés ont fortement augmenté.
Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), les importations de maïs ont atteint 39 991 tonnes en 2023, pour une facture de 7,8 milliards de FCFA. Cette performance représentait déjà une hausse spectaculaire de 229 % par rapport à l’année précédente.
La tendance s’est poursuivie en 2024 avec 81 233 tonnes importées, soit une dépense dépassant 11 milliards de FCFA. En 2025, les volumes ont légèrement diminué mais sont restés élevés, avec 72 586 tonnes achetées à l’étranger pour un coût estimé à 10,2 milliards de FCFA.
Cette progression contraste avec les efforts consentis pour développer la filière locale. En 2021, le groupe Castel avait notamment mis en service une maïserie d’un coût de 18 milliards de FCFA, accompagnée d’un programme d’encadrement destiné à améliorer les rendements des producteurs camerounais.
Pourquoi les industriels préfèrent-ils le maïs importé ?
Pour les opérateurs économiques, la réponse tient principalement à une question de compétitivité. Sur le marché international, le prix de la tonne de maïs oscillait en mai 2026 entre 200 et 234 euros, soit environ 131 000 à 155 000 FCFA.
À l’inverse, le maïs produit localement se négociait entre 140 000 et 255 000 FCFA la tonne, selon les régions, les saisons et la qualité du produit. Cette différence de prix pousse de nombreux transformateurs à privilégier les importations afin de réduire leurs coûts de production.
Pour les producteurs locaux, cette concurrence est d’autant plus difficile à supporter que leurs marges demeurent limitées par des coûts de production relativement élevés.
Le défi des faibles rendements agricoles
Les spécialistes du secteur soulignent que la compétitivité du maïs camerounais est fortement pénalisée par les rendements agricoles encore faibles.
Les statistiques officielles indiquent qu’en 2023, le rendement moyen était d’environ 1,8 tonne à l’hectare, un niveau bien inférieur à la moyenne mondiale estimée à 5,9 tonnes à l’hectare. À titre de comparaison, l’Afrique du Sud atteint près de 6,4 tonnes à l’hectare.
Cette situation s’explique notamment par un accès limité aux semences améliorées, aux intrants de qualité et aux techniques modernes de production. Conséquence directe : le coût de production à l’hectare est évalué à environ 428 000 FCFA, un niveau jugé élevé par les acteurs de la filière.
Dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe et en Amérique, les agriculteurs bénéficient en outre de mécanismes de subvention qui réduisent davantage leurs coûts.
Entre protection du marché et compétitivité
La proposition du ministre du Commerce relance ainsi le débat sur l’équilibre à trouver entre protection de la production nationale et approvisionnement compétitif des industries.
Si une suspension des importations pourrait offrir un répit aux producteurs locaux, plusieurs experts estiment qu’elle devra s’accompagner d’actions structurelles visant à améliorer durablement les rendements et la compétitivité de la filière.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la seule question commerciale : il s’agit aussi de renforcer la sécurité alimentaire nationale tout en créant davantage de valeur ajoutée au sein de l’économie agricole.
Journaliste