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Au Cameroun, 200 sociétés minières opèrent illégalement dans l'or, dont 95% d'étrangères. Le gouvernement durcit le ton face à une hémorragie dorée estimée à 15 tonnes exportées vers les Émirats en 2023.

Sous les latérites rouges des régions de l'Est et de l'Adamaoua, une ruée vers l'or se joue dans l'ombre de l'État. Et les chiffres donnent le vertige : environ 200 entreprises raclent illégalement les sols camerounais à la recherche de métal précieux.
Parmi elles, plus de 95 % sont étrangères. Un constat accablant, rendu public par le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, au retour d'une inspection de terrain.
Ultimatum gouvernemental
Dans un communiqué officiel daté du 13 mai 2026, le ministre a adressé une injonction sans équivoque à tous ces opérateurs dépourvus de titres miniers valides ou en défaut vis-à-vis de leurs obligations légales : cessez immédiatement vos activités et démontez vos unités de traitement du gravier aurifère. Point.
Le gouvernement ne s'est pas contenté de hausser le ton. Il a assorti cet avertissement d'une menace concrète : faute de se conformer, les installations seront démantelées d'office par les services administratifs compétents, en appui des forces de l'ordre.
Les frais de l'opération ? Entièrement à la charge des contrevenants. Sans exclure des poursuites judiciaires.
Une offensive qui s'inscrit dans la durée
Cet ultimatum n'est pas sorti de nulle part. Dès le 21 janvier 2026, une réunion de concertation avait réuni le ministère, la Société nationale des mines (Sonamines) et les acteurs du secteur.
À l'issue de cette rencontre, les opérateurs avaient obtenu quinze jours pour s'acquitter de leur caution de remise en état des sites et signer les cahiers des charges requis. Délai largement ignoré.
Le 9 février 2026, le ministre avait donc franchi un cran supplémentaire en annonçant le retrait des autorisations d'exploitation à compter du 20 février, pour tout opérateur n'ayant pas respecté les exigences du Code minier de décembre 2023.
L'injonction de mai marque une nouvelle étape dans cette escalade.
15 tonnes disparues dans la nature
Derrière la question de la légalité se cache une réalité économique bien plus alarmante : une hémorragie massive de ressources aurifères hors de tout circuit officiel.
Les données du rapport ITIE 2023 en livrent l'ampleur avec une précision glaçante. Côté camerounais, les statistiques douanières affichent des exportations d'or dérisoires : à peine 22,3 kg pour l'année 2023.
De l'autre côté de la Méditerranée, aux Émirats arabes unis, principal acheteur de l'or camerounais, les chiffres racontent une tout autre histoire : 15,2 tonnes d'or en provenance du Cameroun ont été enregistrées sur la même période par les autorités émiraties.
L'écart est vertigineux. Il ne s'explique pas par des erreurs comptables : il traduit l'ampleur d'un trafic organisé, qui prive l'État camerounais de recettes fiscales et douanières considérables.
Reprendre la main sur l'or
La bataille engagée par Yaoundé dépasse le simple cadre répressif. Il s'agit de reconquérir la souveraineté sur une ressource stratégique : identifier les volumes réellement extraits, cartographier les circuits d'acheminement, et enfin capter les revenus qui en découlent.
Pour un pays dont les filières d'exportation traditionnelles (cacao, bois, pétrole) sont sous pression, l'or pourrait représenter un levier fiscal non négligeable. Encore faudrait-il que ses richesses restent… au Cameroun.
Journaliste